Elections municipales à Sfax : l’heure de vérité

Un constat troublant résume tout : à Sfax depuis l’indépendance jusqu’à nos jours aucune réalisation digne de ce nom n’a été accomplie comme il se doit, à temps et à la dimension de cette grande ville qui est pourtant de très loin la première du pays, après La Capitale.

Comment comprendre cet incroyable mystère et comment l’accepter ??

Pour expliquer l’inadmissible fait, on a pris l’habitude de dire qu’il n’y a pas que Sfax, allusion faite aux autres régions défavorisées. La remarque est en elle-même une fade évidence, mais au pays où il se fait un peu partout (et pas dans La Capitale seulement)  des réalisations fantastiques et des dépenses de prestige il serait plus juste de penser et plus honnête de dire qu’il y a aussi Sfax. Cette ville a autant le devoir de penser aux autres qu’elle n’a le droit, comme toutes ses semblables, de réclamer la part qui lui revient normalement du « gâteau national », en toute transparence et en toute équité.

On a commencé par dire que Sfax se portait bien. C’était bien vrai, jusqu’à ce qu’on la mette au régime forcé, un jeûne impitoyable et sans fin qui a fait d’elle la ville cachectique, la ville de tous les problèmes, anémiée par les déficits longuement accumulés.

On continue de prétendre que Sfax se porte bien ; on ne peut rire de "ce qui fait pleurer" et ne pas réagir face à autant de mensonges ou de préjugés niais, entretenus par un régionalisme de circonstance et de bas niveau. De nos compatriotes qui (un peu par mimétisme) nous jugeaient sévèrement, aucun n’a continué à le faire après avoir convenablement visité Sfax et découvert la réalité et les dessous de sa souffrance.

N’allons pas aussi loin ; n’y a-t-il parmi nous des carriéristes locaux de la politique qui osent encore prétendre effrontément que Sfax ne manque de rien et qui ne cessent de remercier les responsables nationaux pour la sollicitude et les avantages dont ils l'auraient (selon eux) gratifiée !


Maintenant même les « pros du mensonge » n’osent plus prétendre cela et tout le monde sait que problème il y a, y compris ceux qui refusent de le reconnaître publiquement.

La vérité toute simple est que Sfax a été longtemps arbitrairement privée de ses droits et se retrouve dans une détresse qui ne cesse de s’aggraver :

  • D’un coté le lourd déficit (tout ce qui nous manque aujourd’hui) était inévitable, puisque sur des dizaines d’années, rien ne fut jamais fait, ni convenablement ni à temps.
  • De l’autre, résorber ce déficit demeure impossible tant que la pénurie persistera telle qu’elle, ignorée et entretenue avec un budget municipal équivalent à la moitié du minimum nécessaire à pallier aux nécessités les plus élémentaires.
Le vrai problème est que notre système administratif est hautement centralisé et sévèrement autoritaire. Tout se décide en haut lieu, sans contestation possible, depuis la répartition des budgets jusqu’à la désignation de ceux qui doivent les gérer, qu’ils soient cadres administratifs ou « élus ». Toute réclamation ou contestation des directives est sanctionnée d’une mise à l’écart systématique des sphères de responsabilité. La suite inévitable se comprend aisément.

C’est ce système bien huilé qui a secrété les responsables locaux que nous avons, tenus d’être tels qu’ils sont, de plus en plus passifs et dociles.

Les futures « élections » municipales sont toutes proches. En attendant la "désignation des candidats", l’intensité de « la campagne » (meissra) ne tient qu’au « sérieux » des tractations et des pressions en tous genres, toutes orientées vers Tunis, le centre de décision. Les « intermédiaires » provinciaux (proches des hautes sphères) débordent d’activité. Tout est "mystère et spéculations" et l’infox savamment distillée nous livre d’heure en heure les dernières humeurs de nos lointains décideurs.

Aussi, la "liste officielle" (ainsi nommée) change-t-elle d’heure en heure et à chaque coin de rue. Mais au terme de tout cela, elle finira par paraître et sonnera l’heure de vérité.

- Il est peu probable que l’on continue de nous désigner des responsables dont le profil laisserait prévoir qu’ils auront la pénible charge de nous faire supporter encore cinq (oui 5) longues années d’inaction municipale et de souffrances. Ce serait une condamnation sans appel et une inadmissible provocation.

- La parution d’une liste qui nous ferait l’agréable surprise de plaire et convaincre la majorité des "citoyens conscients" signifierait que nos dirigeants reconnaissent notre souffrance et désirent y mettre un terme. Ce serait clairvoyant et rassurant.

Ce "bon choix" serait un heureux tournant tout comme il serait logique que l’on comprenne et reconnaisse qu’un Conseil Municipal - aussi valable soit-il - ne pourrait rien faire si l’Etat ne veille pas à ce qu’il dispose d’un budget de fonctionnement suffisant et de réalisations (infrastructures et services) répondant aux besoins réels et aux aspirations légitimes d’une grande ville (Sfax) où ont choisi de vivre près de sept cent mille citoyens tunisiens.

Ce serait la fin tant attendue de souffrances qui n’ont que trop duré.

L’espoir nous fait parler...

Mohamed ALOULOU

(Sfax le 27 mars 2010)

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