La ville de Sfax

 

 

 

 

Sfax (صفاقس), deuxième ville et centre économique de Tunisie, est une ville portuaire de l'est du pays située à environ 270 kilomètres de Tunis. Riche de ses industries et de son port, la ville joue un rôle économique de premier plan avec l'exportation de l'huile d'olive et du poisson frais ou congelé. Sfax est une cité d'affaires et attire peu les touristes. Cela n'exclut pas la présence de certains sites intéressants, tels que la médina et Thyna, malgré la présence des usines de traitement du phosphate.

Sfax compte 265 131 habitants en 20042 — pour une agglomération, le Grand Sfax, d'environ 500 000 habitants — et se présente comme une agglomération très étendue (sur 220 km2, soit autant que l'agglomération de Tunis, qui compte quatre fois plus d'habitants), plate et comprise dans un tissu urbain structuré par des axes de communication en toile d'araignée. Elle est bordée à l'est par la mer Méditerranée et l'amorce du golfe de Gabès.

Étymologie

Sfax est certainement la transformation de l'ancien nom de la ville qui porta le nom du roi numide Syphax.

Plus rarement, c'est à un produit agricole, une cucurbitacée, que l'on attribue l'origine du nom de Sfax3. Ce dernier viendrait en effet de fakous qui signifie « concombre » en tunisien. Toutefois, Élisée Reclus explique dans sa Nouvelle géographie universelle l'origine de cette fausse interprétation :

« Un des légumes que l'on cultive le plus dans les jardins de Sfakès est le concombre ou fakous, mot d'où l'on a voulu dériver le nom de la ville : d'après Shaw [Thomas Shaw qui fit un voyage dans la Régence de Tunis en 1732], Sfakès serait la cité des concombres. »

Histoire

Sfax, ancienne Syphax berbère et par la suite Taparura romaine, est rebâtie par les Aghlabides au ixe siècle à partir des matériaux de l'antique ville romaine située à environ trois kilomètres. Ils construisent les remparts qui donnent à la médina sa configuration actuelle. La cité doit résister aux Hilaliens venus d'Égypte en 1057 et, de 1095 à 1099, elle constitue un petit émirat indépendant5.

Elle passe, comme la plupart des villes côtières, sous la domination du roi normand Roger II de Sicile en 11486, avant d'être réintégrée à la sphère musulmane par les Almohades d'Abd al-Mumin en 1159 ; ceci fait suite à trois ans d'une révolte amorcée par Omar, avec notamment le massacre des chrétiens de la cité le 25 février 11567.

Sfax connaît la révolte d'Ali Ben Ghedhahem s'opposant au bey de Tunis en 1864 et celle de 1881 pour refuser le protectorat français. Les troupes françaises sont obligées de la bombarder pour en venir à bout.

Elle est également bombardée par les Alliés pendant la campagne de Tunisie (Seconde Guerre mondiale) alors qu'elle est occupée par les puissances de l'Axe en 1942-1943. Sfax est la ville où s'illustrent deux grands militants de l'indépendance nationale assassinés par l'organisation terroriste coloniale de la Main rouge : le syndicaliste Farhat Hached (natif de l'archipel des Kerkennah) qui est abattu le 5 décembre 19528 et le responsable destourien Hédi Chaker qui est tué le 13 septembre 19539.

Architecture et urbanisme

Centre

Le noyau central de l'agglomération est formé d'une médina cernée de remparts (rbat) et d'une ville moderne, née sous le protectorat français de Tunisie, et incluant l'hôtel de ville et la gare. Les quartiers de bureaux sont prolongés par un vaste ensemble portuaire actif depuis 1897 (port de commerce, de pêche et de passagers). En 1984 est entreprise une vaste opération de rénovation d'une partie de la ville moderne avec l'aménagement du quartier de Sfax El Jadida (nouvelle Sfax). Il s'agit auparavant d'un espace en friche de cimetières désaffectés.

Par ailleurs, la médina est devenue un espace où l'on habite de moins en moins et qui se spécialise dans la production économique (on parle alors de « soukalisation »). Les habitants l'ont quittée à la recherche de logements plus grands. Ainsi, cet espace ne compte plus que 3 812 habitants en 1998 contre 10 668 en 1956. Jusqu'aux années 1970, l'agglomération dépasse à peine la ville de Sfax avec les noyaux urbains de Sakiet Ezzit et de Sakiet Eddaïer qui sont alors de petites villes constituées autour d'activités de transformation agricole (trituration des olives et huileries).

Le quartier de Picville doit lui son nom à Paul Pic, habitant de Sfax depuis 1868, qui planta un vignoble d'une superficie de 34 hectares en 1892 dans la zone du contrôle civil de Sfax. Il fut par ailleurs président de la Chambre mixte de commerce et d'agriculture du sud de la Tunisie en 1897. Ce quartier est situé à l'ouest de la médina et s'étend jusqu'à un jardin public. Dès le début de son urbanisation, on y construit de petits immeubles d'un ou deux étages avec terrasses, souvent attenants les uns aux autres, le long des voies de circulation qui quadrillent le quartier.

Agglomération

fax est une agglomération très étalée de 22 000 hectares (espace urbain sur un total de 55 000 hectares qui tient compte d'espaces agricoles interstitiels) comprenant 500 000 habitants dont 55 % pour la municipalité-centre et 45 % pour les municipalités de banlieue. Son organisation est radio-concentrique avec une municipalité-centre en demi-cercle sur la mer et une distribution des six municipalités de banlieue selon des axes radiaux (treize) avec, du nord au sud, Sakiet Eddaïer, Sakiet Ezzit, Chihia, Gremda, El Aïn et Thyna.

Ces banlieues ont prospéré le long des axes routiers, dépassant facilement une première couronne située à quatre kilomètres du centre (une route tangentielle sert de limite à cette première couronne : la rocade du kilomètre 4) mitant un espace agricole et d'agrément constitué de vergers (jnen). Cette urbanisation s'est faite avec une prédominance d'« habitat spontané » devant l'insuffisance des aménagements de l'État principalement en lotissements résidentiels destinés aux classes populaires. La forte croissance urbaine a reposé sur les banlieues qui ont surtout développé la fonction résidentielle, que ce soient les zones d'« habitat spontané » qui ont pris une ampleur à la mesure du sous-investissement public ou les lotissements des classes moyennes et supérieures au sud (Gremda, Chihia et Thyna). La décision de la délimitation d'un périmètre d'intervention foncière de l'État il y a quelques années sur la commune de Sakiet Ezzit, une première, témoigne du décalage entre la demande foncière de la population et la réponse étatique tardive sinon insuffisante. Il en résulte un grand étalement qui accroît le problème des déplacements dans une agglomération où les moyens de transports publics sont limités (une seule ligne ferroviaire de banlieue entre Sakiet Ezzit et Sfax) et les distances grandes entre les lieux de résidence périphériques et l'emploi central (40 % de l'emploi pour 4,4 % des logements).

Culture

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Le musée archéologique de Sfax comprend une collection de pièces archéologiques antiques découvertes dans la ville et sur des sites proches, notamment la cité antique de Thanae ; ses collections comprennent des pièces datant des périodes préhistorique, romaine et islamique. Il est situé au rez-de-chaussée du bâtiment de la municipalité10. Quant au musée Dar Jellouli, localisé dans un palais de style andalou qui constituait avant l'indépendance une demeure du caïd local, il abrite le musée régional des arts et traditions populaires.

 

La ville possédait un théâtre municipal entre 1903 et 1942, bâtisse édifiée selon une architecture néo-mauresque, en cohérence avec le siège de la municipalité et le palais Ramdane, et détruite lors des bombardements que Sfax connaît lors de la campagne de Tunisie qui visent pourtant le port de commerce bien plus au sud de la ville. Sfax concentre aussi les principales institutions éducatives du sud du Sahel : l'Université de Sfax est ainsi l'un des principaux centres d'enseignement universitaire du pays avec ses facultés de médecine, de gestion et de sciences.

Parmi les lycées les plus connus de la cité figure le Lycée pilote de Sfax. En 2007, le Collège pilote de Sfax a ouvert ses portes. On compte aussi une bibliothèque au centre-ville ainsi qu'un espace culturel français situé près de la gare.

Économie

Sfax est le premier port de commerce de Tunisie en termes de trafic (2000) et le second en termes de valeur. Le port possède deux particularités : c'est l'un des rares endroits de la Méditerranée où l'amplitude des marées dépasse 1,50 et deux mètres aux équinoxes et, abrité des vents du large par les îles Kerkennah et les hauts fonds du golfe de Gabès atténuant les effets des vagues, aucune jetée ou digue n'y est nécessaire. Malgré l'important commerce maritime avec les Kerkennah et le reste du pays, le port est réduit jusqu'en 1886 à un simple appontement de bois de cinquante mètres de long. Un port artificiel est creusé dans les sables et ouvert au trafic en 1891. Mais l'exploitation des phosphates le rend vite insuffisant et un nouveau port est creusé. Comme à Tunis, les produits du dragage servent à gagner du terrain sur la mer. Comme tous les grands ports tunisiens, Sfax a souffert durant la campagne de Tunisie : l'Afrika Korps fait sauter une partie des quais avant de se replier le 11 avril 1943. La pêche occupe aussi une place de choix dans l'économie régionale avec une flotte d'environ 300 chalutiers-crevettiers, cinquante thoniers senneurs, 1 500 barques à moteur et 2 000 barques à voile. La ville produit environ 25 000 tonnes de poissons par an, soit le tiers de la production nationale. Une bonne partie de cette pêche est exportée à l'étranger (10 000 tonnes environ) soit 70 % de l'exportation tunisienne des produits de la mer.

Les régions environnantes sont pour leur part axées sur l'agriculture qui constitue leur principale ressource : avec six millions de pieds d'oliviers et près de cinq millions d'amandiers, le gouvernorat de Sfax se place ainsi au premier rang des régions productrices d'huile d'olive (38,5 % avec plus de 200 000 tonnes) et d'amandes. L'élevage représente un secteur tout aussi important de l'économie régionale. Avec 340 000 ovins, 50 000 caprins et près de 30 000 bovins, la région occupe aussi une place de choix dans ce domaine. Une industrie laitière a pris pied dans le sillage de cet élevage intensif et l'on totalise 75 000 tonnes de lait par an.

Le secteur industriel est en plein développement et les statistiques avancent le chiffre de 4 000 entreprises. Pour ce qui est du secteur touristique, on y dénombre une vingtaine d'hôtels de divers standings. La ville devrait connaître prochainement un renouveau dans ce domaine avec l'achèvement des travaux du projet Taparura lancé le 6 avril 2006 et destiné à réconcilier la ville avec son littoral.

Transport

Le secteur du transport en commun est toujours considéré comme le point faible de Sfax. En effet, la Société régionale de transport du gouvernorat de Sfax (Soretras) fondée le 17 avril 1963 pour gérer le transport de voyageurs souffre d'un manque de moyens. Disposant au 31 décembre 2009 d'un parc de 369 véhicules relativement usés (sept ans en moyenne) et d'une infrastructure de circulation limitée, la société n'est pas en mesure de respecter les horaires et d'assurer un service de qualité aux clients ; ces derniers favorisent donc l'usage de véhicules personnels ou des taxis collectifs.

Malgré les nombreuses études réalisées11 qui ont montré la nécessité d'un métro à Sfax, l'État tunisien ne semble pas avoir mis ce projet à l'ordre du jour. Cet investissement important a toujours été repoussé sans développer pour autant le réseau d'autobus.

La gare de Sfax, située au centre-ville, accueille les trains de la SNCFT en direction ou en provenance de Tunis au nord et Gafsa au sud. La ligne nord est construite entre 1895 et 1912 et la ligne sud entre 1898 et 1909 ; cette dernière est achevée bien avant puisqu'elle permet alors à la Compagnie des phosphates et des chemins de fer de Sfax-Gafsa d'acheminer le phosphate des bassins miniers de l'ouest du pays vers les usines de traitement à Sfax (SIAPE et NPK). Quant au transport des voyageurs sur cette ligne, la durée des trajets y est longue du fait que les voies métriques ne permettent pas d'excéder la vitesse de 60 km/h12.

L'aéroport international de Sfax-Thyna, mis en exploitation en 1980, est situé à six kilomètres au sud-ouest de la ville. D'une capacité de 500 000 passagers par an, l'actuelle aérogare s'étend sur 8 000 mètres carrés.

 

Source du texte: http://fr.wikipedia.org/wiki/Sfax

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