Les terrains vagues de Sfax[1]

 

Les terrains vagues étaient,  je crois,  une spécialité Sfaxienne, un mélange d'histoire (les bombardements en 1942) et surtout le fait que la ville dite "européenne"a été gagnée sur la mer par un système de "polder",  ce qui faisait pour l'époque une réserve foncière assez importante.

 

En ville, Il y avait un bel ensemble de terrains face à l'immeuble « Taktak », au marché  et à l'immeuble des ports. Je me rappelle les lendemains de pluie : nous y avions droit à de véritables lacs de parfois 50 cm de profondeur et qui duraient plusieurs jours voir parfois quelques semaines. C'était un terrain de jeu extraordinaire pour les enfants (quand les mères nous laissaient descendre), et le moment du repas ou du gouter (ou pire, des devoirs) on entendait les mères aux fenêtres ou aux balcons appeler : Victor ! Emile ! Pierrot ! François, Spiro ! etc....Avec des intonations italo-sicilo maltaise, juive, grecques etc...


Par la suite,  ces terrains se sont "meublés" : le garage Renault, le Fondouk, le premier immeuble "Ruggieri" puis le second, sans parler de la construction de la gigantesque église....


Mais une génération de petits sfaxiens y a appris à monter à vélo, à jouer au foot avec ces fameux "ballons" fait de papier journal entourés d'élastiques de yaourt et aussi de ce jeu national consistant à faire un volant de papier qui passait par le trou des pièces de monnaie de l'époque (de 20 à 100 sous), et on jouait un espèce de football ou la pièce ne devait jamais toucher le sol.

J’avais devant chez moi un très grand terrain vague qui allait jusqu'à la grille qui limitait le port ; On l'appelait le TERRAIN NOIR, Il était en limite du port et du petit chenal.

 Nous avions installé deux tas de cailloux de chaque côté et, après l'école, ou le jeudi avec notre bout de pain et un morceau de chocolat,  nous descendions faire notre petit match de foot. Un des joueurs de mon équipe (façon de parler) s'appelait ZRIDA et je crois que son prénom était Miled ou quelque-chose comme cela.


Pas de règles précises ... l'objectif était de faire rentrer le ballon entre les deux tas de cailloux de nos adversaires. J'ai souvent été goal ; de temps en temps j'étais donc obligé de plonger. Inutile alors de dire dans quel état nous étions tous et moi particulièrement qui avais bloqué le maximum de buts en me vautrant dans la terre noire du terrain. Oui, ma mère le connaissait bien le terrain noir et moi aussi j'en entendais parler de retour à la maison.

 

 

Pour les  Pic villois, quand on dit terrain vague, on pense souvent au terrain dit : "le grignon" qui était situé à l'arrière de l'usine à huile, pratiquement en face du terrain de la JOS.


Comme on sait que le grignon est le résidu des olives une fois pressées dans les fameux scourtins, on devine l'odeur qui régnait sur ce terrain, mais nous étions si habitués.

 

pour bien localiser l'endroit où se trouvait ce fameux terrain du "grignon", je joins une photo ; Ce terrain se situait au fond, à l'extrême droite de cette photo, dont je vous donne les noms des immeubles situés à droite : la première maison, je ne sais pas le nom ; la deuxième, c'est la maison "Vinciguerra" ; la troisième, c'est l'immeuble "Fendri" ; plus loin, c'est la maison Franzetti puis l'usine à huile et, juste derrière, c'est le terrain du grignon. (le terrain vague à gauche des bâtiments, c’est le futur garage Simca).

 

En fait, il  y avait deux terrains dits "du grignon" et je ne le savais pas ; celui dont je parlais n'était pas à niveau par rapport au sol, mais à près de deux mètres du niveau de la route; il fallait descendre pour y accéder pour pouvoir jouer au football.

 

Là, c'était souvent l'équipe de Pic-ville contre l'équipe du fondouk, ou contre «la ville arabe » (on disait comme ça) ou contre le recasement ; il y avait aussi les siciliens contre les maltais, les grecs ou les arabes ; souvent des adultes venaient nous voir.

 

Mais nous avions aussi, bien plus loin, le terrain dit : "le terrain rouge", et même un terrain blanc, en direction des salines.

Sur ce dépôt de grignon poussait un magnifique figuier. Après le passage de l'oued, c'était le ramassage miraculeux dans les alluvions déposés, olives,  dattes etc.

 

Ces terrains servaient aussi de champ de bataille aux diverses petites bandes de Pic ville ; le terrain blanc  était un terrain de bataille des bandes du Majestic,  de  la maison Zitoune et   celle du recasement.



A Pic ville aussi, un autre  terrain vague se situait sur le plan ci-dessus en « A » (un  terrain favori pour le foot) ;  en 1943,  lors des alertes nous devions sortir pour  nous mettre le long du mur là où se trouve inscrit le n° 29 ;  c'était avant d’être évacués vers la campagne. J'ai toujours dans les oreilles ce bruit lancinant des avions à très haute altitude et,  dans les yeux,  les chapelets de bombes qu'ils déversaient sur Sfax.


En « C » il y avait Antoine Ciccoli, au 32 ou 34,  c'était Antoine Leloup et la rue se nommait Rue Paul Faucon ;  les Amato étaient au 28. Les Marcelon étaient au 30 et la maison faisait angle avec la rue Paul Revoil ; dans le même immeuble il y avait les Gautier.


En « D » j'ai le souvenir d'une femme sur le trottoir enveloppée d'un drap, car elle avait été brûlée ; je situe ce drame à la fin des

années  40.




A Moulinville, le plus grand terrain vague de Sfax  était sûrement le champ de course  qui s'étendait de la cité Velver à Saint-Henry et de la voie ferrée  à la plage Poudrière .

 

La chapelle de Moulinville  était sûrement le lieu de culte le plus fréquenté des jeunes à Sfax, sans distinction de religion, et cela grâce à son grand terrain qui unissait protestants, catholiques, grecs, arabes et juifs  pour d’interminables parties de foot.

 



[1] Synthèse d’une discussion publiée par le Forum Sfaxien,  ayant pour titre : « Les terrains vagues ».

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