Du fond du coeur

L'ennui, a dit quelqu'un, naquit un jour de l'uniformité.
C'est pourquoi il était impossible à Sfax de s'ennuyer, tant sa population était diverse et variée...

Dès l'école, on découvrait, si on ne l'avait pas encore fait, qu'il n'y avait pas que les siens, mais aussi les autres, que tout le monde n'avait pas la même origine, la même religion, et cette découverte vous ouvrait l'esprit à l'âge où il ne demande qu'à s'ouvrir et vous immunisait contre toutes les discriminations et tous les apartheids.

L'"autre", à Sfax, n'était pas un intrus, parce qu'il n'y avait que des "autres" : chacun était l'autre de quelqu'un ! L'"altérité" ne nous heurtait pas : ce qui nous choquait, c'était, au contraire, la "mêmité", l'homogénéité. Les "bandes" de jeunes étaient rarement, pour ne pas dire jamais, homogènes. Le mélange était la règle, une règle non écrite mais plus impérative encore que si elle l'avait été, car elle venait du fond de nous, du fond du coeur.

Si nous devons quelque chose à Sfax, c'est bien, à mon avis, de nous avoir appris, à l'âge où on apprend le mieux et où ce qu'on apprend ne s'oublie pas, que les hommes sont aussi différents que frères et que ce sont leurs différences mêmes qui fondent leur fraternité. Que nos différences ne nous éloignent pas mais nous rapprochent, que c'est parce que nous sommes différents que nous ne sommes pas indifférents les uns aux autres et que nous pouvons, mieux que nous supporter, nous tolérer, tout simplement nous aimer.

Partagez cet article !

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir