Rendez-vous avec la mort

 


Cette Histoire vous êtes nombreux à la connaître sous des formes diverses. Elle est caractéristique de la doctrine qui dit que nous allons tous librement vers notre destin.
Elle est tellement belle, que je ne résiste pas au plaisir de vous la conter une fois encore en lui apportant ma petite touche personnelle !


Un matin le Calife de Sfax vit accourir vers lui son premier Vizir dans un état d'excitation extrême.

Il lui demanda la raison de ce désarroi.

Le Vizir lui dit :

- Je t'en supplie, laisse moi quitter la ville aujourd'hui même.

- Pourquoi ?

- Ce matin en traversant le marché de bab djebli j'ai été heurté à l'épaule, je me suis retourné, et qu'est-ce que je vois, la mort qui me regardait étrangement.

- La mort ?

- Oui, la mort ! Je l'ai de suite reconnue, toute drapée de noir. Elle est ici, et elle me regardait étrangement. Je me suis sauvé, mais je suis sûr qu'elle me cherche. Laisse moi quitter la ville à l'instant même, je prendrais mon meilleur cheval, et ce soir je pourrais arriver à Foun- Tataouine, ce qui mettra suffisamment de distance entre elle et moi.

- Était-ce vraiment la mort ? tu en es sûr ?

- Absolument sûr, je l'ai vue comme je te vois. Laisse moi partir, je te le demande.

Le Calife qui avait de l'affection pour son Vizir, l'autorisa à partir.

L'homme sella son meilleur coursier et au grand galop il franchit Bab- Diwan en direction du sud, vers Tataouine.

Un moment plus tard, le Kalife, qu'une secrète pensée tourmentait, décida de se déguiser comme il le faisait quelques fois et de sortir de son palais seul.

Il se rendit sur la place de bab Djebli au milieu des commerçants et des promeneurs. Dans le brouhaha du marché, il chercha la mort des yeux, soudain il l'aperçut et la reconnut de suite. Son Vizir ne s'était pas trompé, il s'agissait bien de la mort ; grande et maigre, une gandoura noire et le visage à demi dissimulé par un voile. Elle allait de groupe en groupe dans le souk sans se faire remarquer, effleurant du doigt l'épaule d'un homme, touchant le bras d'une femme, évitant un enfant qui courrait.

Le Calife se dirigea droit vers la mort. Celle-ci le reconnut immédiatement malgré son déguisement, et s'inclina respectueusement.

- J'ai une question à te poser, lui dit le Calife à voix basse.

- Je t'écoute.

- Mon Vizir est un homme en pleine santé, efficace et vraisemblablement honnête. Pourquoi ce matin alors qu'il traversait le marché pour venir au palais, l'as-tu heurté et effrayé ? Pourquoi l'as-tu regardé d'un air menaçant ?

La mort parut surprise et répondit au Kalife :

- Je ne voulais pas l'effrayé, et je ne l'ai pas regardé d'un air menaçant. Simplement, quand nous nous sommes heurtés par hasard dans la foule et que je l'ai reconnu, je n'ai pu cacher mon étonnement, et il a pris cela pour une menace.

- Et pourquoi cet étonnement ? demanda le Kalife.

- Parce que, répondit la mort, je ne m'attendais pas à le voir ici.

J'ai rendez-vous avec lui ce soir à Foun-Tataouine.

Partagez cet article !

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir