Réveil à Sfax

 

Robert ouvrit les yeux. Le ciel était bleu, d'un bleu qu'il ne se souvenait pas avoir vu depuis longtemps. Il se frotta les yeux. Le ciel resta aussi bleu.

- Je rêve ! se dit-il. C'est le ciel de Sfax !...

- Tu ne rêves pas, lui dit Alexandra. L'hypothèse de René n'était pas une hypothèse : il a pressenti la vérité...

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? s'emporta Robert. Où sommes-nous ?

- Mais nous sommes vraiment à Sfax ! s'exclama Alexandra. A Sfax en 1965 !

- Admettons. Comment le sais-tu? Pourquoi es-tu plus au courant que moi ?

- Parce que je me suis réveillée avant toi...

- Réveillée ? Que veux-tu dire ?

- Que nous dormions ! Mon départ en Grèce, ton départ en France..., tout ça, c'était un rêve ! Il y a eu une catastrophe : la NPK a explosé et un certain nombre de Sfaxiens ont été gravement intoxiqués par le phosphate. Nous étions dans le coma, Robert... 

- Nous ? Qui d'autre ?

- Tous les copains ou presque : Martine, Nina, Rémy, René, Colette, Viviane, Aldo, Moncef... La liste est longue : j'arrête là !

- Où sommes-nous exactement ? demanda Robert.

- A l'hôpital, répondit Alexandra. Les autres aussi sont là. Certains dorment encore, mais la plupart se sont réveillés. Ils vont pouvoir bientôt sortir.

- Sortir ? Pour aller où ?

- Mais à Sfax, dans Sfax, évidemment ! C'est l'été, Robert, et il y a un orchestre au Casino. On pourra y aller, demain soir peut-être, si le médecin juge que nous sommes capables de supporter le choc...

- Quel choc ? demanda Robert.

- Il semble que, pour des raisons que le médecin ignore, nous ayons tous fait le même rêve : tous les copains, à leur réveil, croyaient être en...

- ... 2013 ! coupa Robert. Je croyais être le seul !...

- Et ils parlent tous de choses bizarres : ordi, internet, portable... 

- ... tablette, écran plat... Je sais. Ils parlent sans doute aussi de la crise...

- On a vraiment, tous, fait le même rêve. C'est incroyable !

- Mais vrai, apparemment, soupira Robert.

Il n'était pas certain de ne pas regretter ce monde futur plein d'appareils étranges où il avait passé son... coma.

- A quoi tu penses de triste ? lui demanda Alexandra. La tristesse n'est pas de mise : nous sommes de retour à Sfax, chez nous ! On va faire la fête, une superboum !

- Une boum, à notre âge ?

- Regarde-toi, lui dit-elle, en lui tendant un miroir.

Le miroir lui tomba des mains : il avait reconnu son visage d'adolescent.

- Tu es quand même plus beau qu'avec la barbe que tu avais dans le rêve !...

La boum eut lieu quelques jours après. Elle avait quelque chose de surréaliste. Tous n'étaient pas certains de ne pas être encore en train de rêver, les plus pessimistes se disant que l'autre rêve, celui dont ils étaient sortis, était, hélas, la réalité...

 

 

 

(31-3-13)

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