Docteur Mohamed Aloulou

Mon modeste et "trop bref" témoignage sur la Médecine de ma génération (aujourd'hui en fin carrière) et sur une profession qui s'efforce avec foi de conserver sa vraie nature et sa noble vocation dans les bouleversements d'une époque trouble et mouvementée.
Merci à l'ami qui m'en a offert l'occasion.

Mohamed Aloulou

 

Voici ke témoignage de Zouhair BEN JEMAA paru dans Lezenith.tn

Le Dr Mohamed ALOULOU, figure emblématique de Sfax, et très actif dans la société civile. Notre invité a connu le colonialisme, la guerre, les bombardements, comme il a goûté aux délices de l’indépendance. Scout depuis l’âge de treize ans, il a été bien forgé à l’école de la vie, son service militaire accompli à Remada dès son retour de Strasbourg, notre bachelier avec mention est parti à Strasbourg pour poursuivre toutes ses études de médecine entre 1960 et 1973, avec une interruption pour effectuer son stage d’Internat dans le service de Cardiologie du Professeur Ben SMAIL qui venait de voir le jour avec des moyens rudimentaires ! Mohamed ALOULOU a ainsi décroché son diplôme de Médecine, et son certificat de Spécialité en Cardiologie. Sa carrière de Cardiologue commence dès 1974, quand il s’est engagé comme attaché à l’Hôpital Hédi CHAKER ! Dynamique, développeur et patriote jusqu’à la moelle, Mohamed ALOULOU avait envie de servir son pays dès les premières heures de l’euphorie de l’indépendance, il avait décidé de mettre la générosité, la noblesse et la grandeur de la médecine au service de l’être humain ! Notre Docteur s’était activé dans le domaine sportif (vice-président, puis Président du CSS), dans le domaine médical (Président du conseil régional de l’ordre des médecins de Sfax, et vice président du CNOM), sans oublier le monde de la culture puisqu’il fut Président fondateur de Nadi el Assil de musique arabe ! Dans sa ville qu’il aime sans modération, on le considère comme le bon citoyen !

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Dr ALOULOU, parlez-nous de vos débuts dans la médecine, comment avez-vous atterri dans la spécialité de cardiologie ?

Je dois dire que je dois ma décision de choisir la cardiologie comme spécialité à mon maître Dr Mohamed Ben SMAIL. J’ai commencé mon stage d’Internat dans son service à la RABTA entre 1967 et 1969, j’ai assisté au lancement de ce service. Nous avions un radioscope, un électrocardiogramme, une table de cathétérisme, la première en Afrique du Nord (1968), Bourguiba venait d’avoir son premier accident cardiaque. Autour de mon maître, il y avait Dr LABORDE comme médecin de service, Dr CHICHE, Dr DAOUED, Feu Dr GARIANI, Dr BEN HMIDA et moi-même. On faisait des gardes sans arrêt, c’était réellement de la médecine pionnière. C’est à cette époque, que j’ai décidé d’opter pour cette spécialité. Ensuite j’ai continué à Strasbourg ma spécialité avec deux professeurs qui ont complété ma formation : Pr MEDZGER et Pr VÖGTLIN.

Parlez-nous à présent de votre époque, dans quelles conditions vous pratiquiez la médecine ?

D’abord, permettez-moi de rappeler ce que l’on nous enseignait et ce que disait le code (français) de déontologie médicale, par la bouche du Pr L. PORTES, président du Conseil National de l’Ordre en 1947 : « Comment ne pas voir, en effet, qu’une médecine sans « confiance » est une médecine sans « espoir » ! Dr Moncef DAOUED venait d’ouvrir le service Cardiologie au CHU Hédi CHAKER en 1974, alors il avait fait appel à moi comme Médecin attaché, je travaillais à l’hôpital jusqu’à 13 h et dans mon cabinet l’après midi. Mais pour les cas sérieux, je continuais à hospitaliser à l’hôpital. Pour beaucoup d’autres cas, je faisais les consultations à domicile. A cette époque, c’était une médecine très limitée et on ne pouvait compter que sur la disponibilité du médecin ! Il m’est arrivé de passer toute une nuit auprès de mon patient chez lui, avec des moyens très limités. Tout dépendait des capacités du médecin à gérer les cas difficiles. On peut hélas reconnaître que des personnes soient parties un peu partout en Tunisie, car on n’avait pas de quoi les sauver, quand seul le service du Pr Ben SMAIL pouvait les sauver ! De nos jours, la médecine a fait des pas de géants, et la pathologie a beaucoup évolué. Notre médecine avait profité des gens qui étaient des géants : tous les internes de Paris comme Pr Ben SMAIL, Pr ESAFI, Pr KASSAB, Pr CHEDLY. Tous ces monuments ont bâti la médecine tunisienne et formé toutes les générations qui ont suivi !

Et si on parlait d’éthique Dr ALOULOU ?

Le problème ne se posait même pas, le médecin était le sage du service, il était le demi-dieu, il avait le plaisir de servir, et on lui rendait le respect. Le médecin n’avait pas le même statut que maintenant. L’époque est différente, le besoin n’existait pas pour penser à la piscine par exemple, à la villa, à la maison secondaire etc.. Aujourd’hui, on a beaucoup plus de besoins et la matière a pris le dessus chez certains, car le respect est devenu tributaire de matériel. Les mentalités, la société ont changé, et aussi, la démographie médicale a beaucoup évolué ! A l’époque le CNOM n’avait presque pas besoin d’intervenir tant les choses se passaient normalement. Aujourd’hui, il est débordé avec l’évolution de cette démographie médicale. Si on jetait un coup d’œil sur les chiffres, de 1962 à 2005, la population totale est passée de 239 à 12393 médecins, et la densité globale de 1/8600 à 1/800 médecin/habitants, et pire encore, à présent nous sommes dans la tourmente révolutionnaire !

A propos de CNOM, est-ce normal, que le Président actuel du CNOM, utilise les réseaux sociaux pour se faire de la publicité ?

La règle de confraternité que m’impose le code de déontologie médicale, ainsi que mes obligations de réserve en ma qualité de vice-président du CNOM m’empêchent de vous répondre ! Mais je peux vous dire qu’il est grand temps de changer le mode d’élection des membres du CNOM, de revoir le fonctionnement de la discipline. Il faut adapter le système, sans un contrôle, sans une autorité avec des moyens d’agir, on ne pourra plus compter sur le médecin ! Si l’être humain était spontanément bon et auto-discipliné, il n’ay aurait eu besoin ni de religion, ni de loi, ni de rien pour que les choses fonctionnent.

Que diriez-vous aux jeunes qui sont en plein sur le champ de bataille ?

Je leur dirai de ne pas oublier que leur profession a des fondements nobles, et des règles déontologiques strictes. Notre profession est bâtie sur la confiance que placent en nous ceux qui ont besoin de notre assistance à protéger ce qu’ils ont de plus cher : la santé et la vie ! Or, pour pouvoir accomplir ce sacerdoce, rien qui puisse remettre en cause la confiance ne peut être toléré !

Le Professeur Mohamed BEN SMAIL par Dr Med ALOULOU

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J’ai très tôt entendu parler  à Sfax de mon aîné si Mohamed Ben SMAIL à travers sa famille. Pour les élèves des classes secondaires de ma génération, il était alors le bon exemple du jeune Sfaxien qui avait brillamment réussi ses études supérieures en France et le prestigieux concours d’Internat de la Faculté de Médecine de Paris.

Il était presque dans la nature des choses que je pense en premier à faire mon « stage interné » dans son service, alors naissant, de l’Hôpital de la Rabta à Tunis où il m’avait fait l’honneur de m’accueillir.

C’est là que j’ai pu découvrir l’Homme des défis qu’était si Mohamed, le savant et chercheur ainsi que le bâtisseur d’un grand Service, et le fondateur de toute une prestigieuse Ecole Tunisienne de Cardiologie, reconnue dans le monde pour son niveau scientifique et son rayonnement.

C’est là que j’ai pris goût à la spécialité et c’est là que le Professeur Ben SMAIL est devenu mon inégalable Maître en Cardiologie et mon idole avant de devenir, par la grâce du destin, un de mes plus proches et mes plus chers amis.

A ce « confrère et frère aîné », je suis resté fidèlement reconnaissant.

Zouhair BEN JEMAA

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