Mon rêve étrange et réalisable d’un espace public sfaxien habitable

 

  

J’ai fait un si beau rêve qui m’a semblé étrange au point de ne plus y reconnaître ma ville adorée, Sfax.

À peine réveillée, je me suis efforcée de me recoucher, dans l’espoir de la revoir si belle, Sfax, ville de mon sommeil profond meublé d’images. En vérité, j’exagère un peu, en y pensant, je constate que ma ville n’en était pas métamorphosée : son architecture, ses paysages, ses rues, sa lumière et son climat étaient les mêmes. Il y avait simplement quelques touches d’ordre et de beauté qui cachaient ses rides et qui soignaient gracieusement ses jolis traits. En somme, par la magie d’un cœur qui rêve, elle était transformée, d’une ville marginalisée en une ville aimée.

Je me suis réveillée comme on se réveille d’un rêve d’enfance, attendrie et saisie d’émerveillement. Je me hâtais de frotter les yeux, parce que je voyais encore nos espaces verts bien entretenus par des mains de jardiniers passionnés. Combien était grande ma stupéfaction, quand j’avais observé de près les poumons de ma ville transformés, par les soins de mains ouvrières bienveillantes. J’ai vu, de mes propres yeux, le zoo de la Touta avec ses animaux en santé, ses gazons à perte de vue, son beau manège, ses circuits sportifs et ses animateurs joyeux.

Au centre-ville, je n’en revenais pas, le jardin de Wahran était décoré de roses et de fleurs, de mille parfums et d’un arc-en-ciel de couleurs. Les foules étaient installées aux pieds des arbres pour jouir d’un repas convivial, pendant que les troupes musicales se succédent pour les divertir aux rythmes des musiques de Sfax et du monde. Désormais, face à l’impératif festif, personne n’osait se retirer chez lui, tout le monde répondait à l’appel de la ville et la rue était devenue, en un clin d’œil, une gigantesque maison publique où il faisait bon vivre, à ciel ouvert.

Dans mon rêve sfaxien, tout était si propre, des petites ruelles de la médina jusqu’aux grandes rues de la ville moderne. Mon regard onirique se promenait entre les immeubles de style colonial et entre les maisons rustiques dont certaines étaient transformés en musées, en salles de spectacles et en centres culturels. Dans mon si beau rêve, le trottoir était spacieux et rien n’encombrait l’itinéraire du marcheur fasciné. En fin de semaine, les mouvements des foules vivantes faisaient retenir quelques mots familiers et quelques éclats de rire qui se concentraient devant les salles de cinéma et les théâtres. Je me souviens aussi de la splendeur de la promenade de Tina et des plages de Sidi Mansour. Il fallait choisir entre les nombreux bancs publics, pour s’y installer, lire un livre, ou se contenter d’admirer la beauté des paysages.

La propreté tellement impeccable que je n’avais pas pu m’empêcher de déployer un regard microscopique, à la recherche de déchets domestiques. J’avais beau chercher, je ne trouvais rien. Décidément, la municipalité et les citoyens de mon rêve étaient si propres et si organisés qu’il était impossible de détecter la moindre trace de négligence. Il faut croire que, dans mon rêve, les ouvriers municipaux étaient bien rémunérés et très respectés : tous se pressaient pour embellir la ville et exigeaient un contrôle de qualité pour en être davantage gratifiés.

Dans mon rêve si curieux, les voitures suivaient une circulation fluide, à huit heures du matin, tout comme à midi ou à six heures du soir. Les policiers qui ne détectaient aucune effraction du code de la route, s’efforçaient d’enregistrer les sourires échangés par les conducteurs ravis de parcourir la ville avec une telle rapidité.

Je me souviens que les jets d’eau des fontaines de Bab Jebli et de Bab Bhar ajoutaient un charme fou au paysage urbain et à la vue des enfants qui s’agitaient dans tous les sens, sur le gazon fraichement arrosé. À peine j’avais envisagé de jeter le sac en plastique que j’avais entre les mains, je devais choisir entre les multiples poubelles municipales qui semaient leurs petits motifs coloriés à perte de vue.

  

ParHanen Allouch 

Hanen Allouch est née à Sfax en 1983. Elle est docteure en littérature française du XXème siècle de l’Université de la Manouba. Elle vit présentement à Montréal où elle parachève un deuxième doctorat en littérature comparée, touchant à la littérature, à la philosophie de l’éducation et au cinéma dans les aires culturelles francophones, arabophones, italophones et anglophones.

 

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