Le coup de poing

À Moulinville, entre le cimetière juif et l'école des filles, se trouvait un mobile home assez vaste pour contenir deux salles de classe, séparées par un petit hall.
Le tout était situé dans une cour assez grande pour permettre à 80 élèves de se détendre entre deux cours, sous le regard du surveillant de service M. Abou, ou M. Segneurin.

C'était l'annexe du lycée, là où étudiaient les sixièmes et cinquièmes des sections commerciales et Modernes

Un jour pendant la recréation, alerté par un petit remue-ménage, M. Abou me surprend en pleine prise de bec avec un certain Khanfir Mohamed .
À peine le temps de réaliser, voilà qu'il est de nouveau alerté, cette fois c'était Alexandre Poirier qui était aux prises avec un certain Fendri, pas Hachemi mais son cousin.

Il était heureux M. Abou : enfin, il pouvait justifier son job ; Celui-ci consistait principalement, toutes les heures, a assurer dix minutes de surveillance sans rien faire de plus et à à passer les cinquante minutes suivantes à somnoler dans le petit hall, les pieds sur la table qui lui servait de bureau.

Nous étions quatre à avoir été dispensés de notre prochain cours  pour nous présenter à la direction du lycée avec une lettre qui expliquait notre conduite.

Tout au long de la route que nous avions faite à pied, nous avons eu tout le temps de nous réconcilier, chacun gardant son antagoniste, pour penser un front commun a l'ennemi : M. le Directeur.

Nous arrivons enfin et nous présentons notre billet à une secrétaire qui nous demande d'attendre, debouts, au fond de la salle.
M. Virlogeux arrive, il jette un coup d’œil distrait sur le billet et ne  jette même pas un regard sur nous (les malfrats de basses conditions ce n'est pas de sa juridiction) :il a pour cela son homme de main.

Voilà qu'arrive enfin l'homme que nous attendions : M. Hondé la terreur, surveillant et surtout général . C'est un homme râblé avec quand-même quelques kilos de trop : il lit le message de son subordonné.

La secrétaire qui connaissait peut être le scénario qui allait suivre , souriait de toutes ses dents et retenait un fou-rire.

Enfin le Surgé releva la tête et nous toisa avec mépris (encore un qui était heureux de justifier son job).

- Tiens Vous aimez la bagarre ! Ca tombe bien parce que moi aussi j'aime ça. Et il s'en est pris a chacun de nous, à coups de poings dans les cotes en criant : "défendez vous espèces de lâches" (comme si on en avait le droit) et en se retournant de temps en temps vers la secrétaire pour voir si elle admirait un type qui s'en sort seul face à quatre.

Quand ce fut mon tour, j'ai cru rencontrer le regard le plus méprisant de ma vie : il parlait comme pour lui même :
- Et cela a la force de se battre disait-il en faisait allusion à ma maigreur .
Il ne m'a pas battu moins fort pour autant, sans bien sur m’épargner les "Défendez vous bande de lâches".

Sous l'avalanche de coups je me suis dit :
Me défendre pourquoi pas ? Je vais le faire, mais passivement.
Voyant arriver son poing vers mes cotes j'ai envoyé à sa rencontre la pointe osseuse de mon coude ; Sous l'impact du coup, j'ai entendu craquer ses phalanges ; J'ai dû lui faire mal parce-qu'il ne me frappait plus que de la main gauche. Tant pis pour lui et pour son mépris.

Vous ne pouvez pas savoir la chance que voua aviez M. Hondé, d'avoir vécu dans un coin perdu comme Sfax.

  Ailleurs, la partie de boxe que vous aviez si bien commencée dans votre bureau, aurait continué plus tard avec les parents devant les tribunaux !

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