La boussadia

Dans " le jardin des délices oubliées", Roger Macchi évoque La Boussadia en ces termes :


Je me souviens d'avoir eu la peur de ma vie !
Car je l'ai vu, de mes yeux vus. Vu comme je vous vois … en chair et en os, le vrai, celui dont la menace effraie et fait tenir tranquille. Celui qui emporte les enfants pas sages, et ceux qui ne veulent pas faire la sieste…


C'était par un bel après-midi d'été, le temps doucereux de la sieste était passé. Le ciel immobile était limpide calme et tiède. Avec maman nous longions les remparts de la ville arabe, quand à hauteur de bab Diwan comme un jnoun, dans un bond, il a surgit de nulle part !
Lui, La Boussadia !
Je me suis caché derrière les jupes de ma mère qui de sa main a couvert ma tête en signe de protection.
Malgré la frayeur, je voulais voir, je m'agrippais aux jambes de ma mère par précaution, et penchais la tête, intrigué par les cris et le bruit du tambourin.
C'était un géant ! Il avait un immense chapeau pointu fait en peau de léopard où étaient accrochés des morceaux de miroir, des perles de verre, et des coquillages nacrés. Son visage était entièrement caché par un masque en carton noir ; À travers deux trous, des yeux de démon brillaient et tournaient dans leurs orbites. La bouche était dessinée avec du blanc d'Espagne, ronde, immense, menaçante.
Il était vêtu de haillons, d'une sorte de tunique faite de morceaux hétéroclites de tissus, tenue aux épaules par une fibule. Il pendait un peu partout sur lui des petites clochettes de laiton, des clous, et des rubans de couleur.
Sous la tunique, un sarouel s'arrêtait aux genoux. Ses jambes étaient noires, ses pieds nus et poussiéreux.
Il tapait sur son tambour avec une baguette recourbée, dansait, virevoltait, hurlait d'une voix gutturale un chant inintelligible, ou peut-être quelques menaces contre Dieu, qui sait !
Peu à peu, son rythme s'accélérait, les cercles s'élargissaient, ponctué d'arrêts brutaux et de petits sauts sur place. C'était effrayant.
Autour de lui, c'était formé un cercle de curieux attentifs et muets.
Il tournoyait sans cesse, soufflait, trépignait, et délirait des mots sans suite. Chacun de ses mouvements déclenchait, par le reflet du soleil sur sa bimbeloterie, des étincelles, et des éclats de lumière extravagants qui m'éblouissaient.
Enfin, je le vis tomber sur les genoux, et après avoir pendant un temps fait tournoyer sa tête tout en agitant les épaules, il s'arrêta net.
Vite, le cœur battant, la peur au ventre, je tirais maman par la main, afin de quitter rapidement ce lieu, avant que la Boussadia ne fixe ses yeux perçants sur moi et décide, peut-être, que je n'étais pas un garçon sage, qu'il m'emmène alors à jamais avec lui dans le royaume des jnouns !

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