La pêche à Sfax ... c'était avant

 

Ah! Sfax et la pêche !  Mes premiers souvenirs c'est évidement de "tirer" une ligne à Madagascar ou sur la jetée. D'ailleurs à ce sujet, les "frangaoui" nous demandaient toujours : «  mais vous ne connaissez pas la canne à pêche ? » c'est vrai on en voyait très peu. D'ailleurs si mes souvenirs sont bons, on "tirait" plusieurs lignes qu'on attachait un peu partout... Après évidement, à la maison, il fallait enlever tous les nœuds et ça prenait du temps, on enroulait les fils sur des morceaux de lièges en forme de H.

Autre événement : la barque. Il fallait en acheter une, pas chère,  et le meilleur intermédiaire était "Bébé" Sciacaluga qui vous trouvait toujours ce dont vous aviez besoin : barque, rame de rechange et même petit mat et voile. C'est là que les enfants étaient précieux, mon père me promettait toujours de m'emmener le lendemain à 5 heures, mais il fallait ramer !!!

Là aussi on tirait des lignes tout autour de la barque. Le plus veinard était mon oncle Joseph, je ne sais comment il faisait, mais il ramenait toujours la plus grosse quantité. D'ailleurs en 1953, on a été en vacance ensemble auprès du Lac Léman, à Anthy, proche de Thonon  et en appliquant ses méthodes sfaxiennes, Jojo ramenait autant de poissons que les professionnels du lac.


Pour en revenir à Sfax, quand on a eu 14-15 ans, on partait, Christian, Pierrot et moi-même à la pêche sous marine avec palmes, harpon, tuba et ceinture de plomb : notre "coin" : les épaves au large du port où il y avait des bouées pour avertir les bateaux. Dans la ferraille se cachaient d'énormes mérous. Un jour on en a attrapé un de 12 kilos, eh bien ! un coup de harpon à 8 heure le matin et ...deux heures pour le sortir à 10 mètres de fond. Le mérou se" gonfle" une fois harponné et pour le sortir il faut des "gaffes" et de la patience... ça a été dur, mais nos mamans nous ont concocté un purée de couscous au mérou....J'en bave encore.


Il y avait aussi des mérous dans la rade du Sport Nautique entre les gros blocs de ciment immergés. Mais ils étaient plus petits. Dans les trous de cette rade on attrapait aussi des poulpes et ça faisait les muscles de les battre pendant une heure !

Je n’étais pas superstitieux mais il faut reconnaitre qu'une pèche avec Joseph avait de quoi vous rendre dubitatif.... Rappelez-vous toutes les contorsions pour conjurer le mauvais sort !

Joseph prétendait avoir l'arme absolue : un trou dans la poche droite du pantalon pour pouvoir mieux se toucher ...les parties! Il parait que c'était souverain !!! D'ailleurs, petite anecdote : la femme du directeur Virlojeux, assez "collet monté" pénètre un jour dans le local des pêcheurs sfaxiens où Joseph venait de proférer les blagues d’usage. « Quelle  belle chose tu as ! » (ce qui portait le mauvais œil, tous les sfaxiens le savent), aussitôt tous les intéressés de porter la main droite là ou vous pensez pour conjurer le mauvais sort !! C'est à ce moment que madame Virlojeux entre dans la salle et voit tous ces hommes la main sur le devant du pantalon !! Elle n'en est pas revenue et l'a pris pour elle !!

Il y avait une forte rivalité amicale  entre pécheurs.  Georges était le premier à avoir une "barque à moteur" comme on disait, pour aller pêcher. Auparavant, c'était à la rame qu'on sortait du port. C'est là que nos bras enfantins se sont "fait" : mon cousin Christian et moi étions tout fier d'accompagner mon oncle Joseph, mais en fait, c'était pour "ramer" qu'il nous amenait ! Chacun une rame, dos tourné au large, lui, s'affairait à "préparer" ses lignes....

Georges se rappelle du jour ou Joseph l'a abordé avec un sourire : « comme elle est belle ta barque à moteur !»         C'était la phrase à ne pas dire si on ne voulait pas amener le "mauvais œil" ; et de fait ce jour là le moteur n'a pas fonctionné. Depuis, à chaque fois qu'au large les deux barques se croisaient, Georges faisait un grand détour pour éviter la barque de Joseph !

 Quand à Christian et moi, voués aux rames, au mal aux bras et aux ampoules aux mains, on était secrètement jaloux du moteur qui propulsait l'autre embarcation.....On se consolait en prétendant que le bruit du moteur faisait fuir les poissons, mais au sujet des "prises" il me semble que Georges  et Joseph se valaient bien.

 

Texte de Pierre Saccoman extrait de Le Forum Sfaxien (27/01/2007) et recompilé par Moncef Ben Salah

Photo de Aldo Catania



 

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