Mon voisin Abora

 

Mon voisin Abora était d’origine Maltaise, mais il parlait couramment la langue Arabe Tunisienne, le Judéo Arabe aussi. Abora tenait dans une grande maison un troupeau de chèvres qu’il nourrissait bien, et qui le nourrissaient de même, et plus encore.

Il était toujours habillé en bleu de chauffe et coiffé d’une petite chéchia rouge. Il avait une petite taille, mais sa langue était beaucoup plus développée. Chaque matin, il sortait son troupeau et vendait son lait pétillant, et en même temps, il cherchait un terrain ou l’herbe poussait en abondance, plus ou moins. Vers le coup de 13 ou 14 heures, les repas s’intervertissaient, le bétail retournait dans sa cour et le patron cassait sa croûte.

Si l’un des voisins ou quiconque voulait du lait, la porte n’était pas verrouillée et on pouvait pénétrer sans frapper, demander la quantité de lait voulue, payer et sortir. Pas de crédit chez mon voisin, a part quelques privilégiés en qui il avait confiance, et qui lui rendaient son du avec un surplus. S’il se fâchait il jurait de la Madonna, et alors l’intrigant s’en allait.

Je me rappelle trois anecdotes concernant notre voisin berger.

La première : les voleurs. Des chipeurs se sont introduits chez Abora de nuit, dans le but de le voler. Il poussa un cri terrifiant et a ce signal, les bêtes se mirent à courir, à se bousculer et à gêner les malfaiteurs qui en arrivant a la porte, glissaient sur la pente glissante de l’entrée. Ils ne s’échappèrent que lorsque le maître le voulait bien, après force coups et injures. Tout le quartier fut en branle bat, et les pierres fusèrent dans le trajet des fuyants.

La deuxieme : La chèvre, la verge et le cierge. Un client venu chez notre berger, tard dans la soirée pour quérir du lait, trouva notre voisin dans une pose romantique avec sa chèvre préférée Halbe. Comme le visiteur s’étonnait, Abora lui repliqua du tac au tac :
— C’est ma chèvre, c’est ma verge, pourquoi viens tu tenir la chandelle ? (Ce qui voulait dire : de quoi te mêles tu ?) En Arabe ça sonne mieux :
— el maaja maajti, el zob zobi, lach et ched et t’hin.


La troisième : La mort du berger.
Comme dans la fable de La Fontaine, à la mort de Abora, on chercha en vain un trésor caché dans la maison. Le propriétaire de la demeure la vendit à deux frères. Le bruit a couru que le défunt avait peu de dépenses et par contre, il a du cacher de l’argent quelque part. Les nouveaux propriétaires firent tomber les murs, ordonnèrent de creuser toute la surface de la maison en profondeur, et de chercher dans "toute place ou la main ne passe et repasse." Mais rien ne fut trouvé.

Peut être ont-ils trouvée, et ont-ils caché leur aubaine ?

Peut être que Abora a emporté son secret dans la tombe ?

Peut être que le propriétaire du bâtiment, loué au feu berger, a inventé une astuce pour obtenir un bon prix de la vente ?

Toutes les hypothèses sont possibles. Pour ma part, je me souviendrai toujours de mon voisin, comme d’un être pittoresque.

 

Par Camus Bouhnik

mardi 8 mars 2005

Partagez cet article !

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir