Mr Pace Gian Battista : entrepreneur en maçonnerie à Sfax

 

Voici une photo que notre ami Moncef Ben Salah m’envoyait il y a quelques jours, et ce qui m’a interpellé, c’est que ce monsieur PACE « aurait construit la municipalité, d’après Marie Thérèse Di Bartolo » , une descendante ? Pourquoi pas !

M’appelant Bartolo (origine Maltaise de Cospicua ..Important de préciser la localisation !) , il existe dans ma famille une branche PACE (Maltaise du même endroit) , qui habitait Pic Ville , donc Moncef supposait à juste titre qu’un lien de parenté pourrait exister entre nous  …D’où ma petite enquête  auprès de ma famille , des amis Sfaxiens , d’internet et de Généanet, sachant que ce nom GIANO BATTISTA PACE m’était inconnu .…..Il s’avère donc après consultation de la généalogie de la famille ( 1700 à nos jours ) que GIAN BATTISTA n’a pas de lien proche avec les Pace de notre « tribu » .Il est sans aucun doute issu de la branche Sicilienne des Pace  J’ai donc fait une recherche de généalogie et sauf erreur de ma part ou confusion avec un homonyme , voici mes résultats .

Quelques dates concernant Mr Pace :

  • Né à Tunis en 1845 le 13 Janvier
  • Marié en 1868 à St Croix (Tunis) , son épouse est Mme Réfalo Maria Thérésa
  • Il est décédé à Tunis en 1932 a l’âge de 87 ans
  • Il a exercé le métier d’entrepreneur en maçonnerie et une particularité très importante,il a été le chef des travaux lors de la construction de la municipalité de Sfax ,(entre autres) , dans les années 1900 -1902 sous la direction d’un architecte de grand talent : Raphael GUY .
  • D’après de vieux Sfaxiens que j’ai consulté, il existe encore de nos jours une CITE PACE  , sans doute le lieu où les Pace habitaient , comme il existe encore , la cité Mangion ou Welwert … Ses dépôts se trouvaient dans un premier temps à Pic Ville , lieu où il a construit pas mal d’immeubles comme celui du fameux Napoléon Débono , près de la prison , immeuble de style arts déco , comme il se doit à cet époque .

Ci-joint l’unique photo des ouvriers  qui ont contribué à la construction de ce monument auquel nous sommes tous attachés , la fameuse municipalité de notre ville natale et plus loin , dans ce petit texte , nous rendrons hommage à Mr GUY Raphael , l’architecte NEO –MAURESQUE , de génie , que le président BOURGUIBA aimait à citer dans pas mal de ses allocutions . Et en dehors de la création de la municipalité de Sfax CE MONSIEUR est à l’origine de plusieurs DIZAINES de constructions, villas et bâtiments officiels, du même style, mauresque,  dans toute la Tunisie (Sousse,Tunis, le théâtre, la fameuse porte Bab-el –Kadra, Sidi Bou Saïd , sa villa à la Marsaetc..) .

EXTRAIT DE LA PHOTO DE SFAX : PORTRAIT DE L’ENTREPRENEUR, Mr PACE et son portait en 1918.

 

 

CI-DESSOUS PHOTO DE L’EQUIPE DES BATISSEURS LORS DE LA CONSTRUCTION DE LA MUNICIPALITE :

 

Cette image est tout un symbole de l’époque de la construction de la ville nouvelle de Sfax :

Sur cette image ,43 personnes, dont 13 enfants ou ados, un échafaudage réduit à sa plus simple expression des outils « minimum »,et à part les Tunisiens, essentiellement des Siciliens (ou Italiens) , à mon avis très peu de Maltais . Des gens au visage fermé, le regard dur, pas de sourires, des gamins déjà adultes avec la cigarette au bec. Des GUEULES comme on dit de nos jours  et sans doute des caractères trempés  et tout ce beau monde sous les ordres de Mr Pace Jean Batiste !!

Parmi ces ouvriers, figure le clan des UICULANO, avec Jean comme « cadre ou chef » maçon et ses 2 fils nés en 1890 et 1888(un peu plus de 10 ans).

Ce Jean  est un aïeul de la famille de mon épouse et il a une histoire peu commune :

Jean IUCULANO est né en Sicile du sud,dans un petit village en 1862 à Santa Croce Camerinail est décédé à Sfax en 1910, il est arrivé à Sfax vers les années 1898 à l’âge de 36 ans environ.

L’histoire , résumée , de son épopée (véridique)  vers la Tunisie est la suivante :

«  Le clan » des Iuculano était maçon, comme il se doit en Sicile

 Tous  issus d’un village nommé Santa Croce de Camerina .Ces gens, bâtisseurs  d’habitations  et d’ouvrages publics divers, construisirent un jour un petit  pont, qui a eu le malheur de s’écrouler au passage de la  charrette d’un habitant, pour une raison qui m’est  inconnue.

Je pense qu’à cette époque , dans un tel endroit, il valait mieux anticiper « son avenir proche » et aller voir ailleurs , le plus vite possible , si le climat serait un  plus clément qu’en Sicile .

 Abandonnant pas mal de choses localement et pour ne pas éveiller l’attention, c’est ce que toute la famille fit,en embarquant à une douzaine de personnes dans un bateau à voiles en direction de Kerkennah  avant de rejoindre Sfax où des parents et amis s’y trouvaient déjà.

Arrivés à terre, et après quelques revers météorologiques, les voici assez démunis, sur une ile inconnue pour ce petit monde, face à Sfax,sous la chaleur de l’été,à l’abri des palmiers,sains et saufset protégés  de quelques habitants de Santa Croce , sans doute de très mauvaise humeur. !!! ..L’aventure ne faisait que de commencer. Ce qui suit est le récit de cette arrivée en terre salvatrice, que j’ai recueilli auprès de la grand-mère de mon épouse, contemporaine des bâtisseurs de la municipalité (elle est née en 1888- DcD en 1999) :

                                      

Mme IUCULANO se recueillant à Sfax sur la tombe de sa famille à Sfax

« Elle avait  11 ans, et un soir alors qu’ils dormaient  sous une tente sommaire, un scorpion la piqua au doigt, une seule solution urgente s’imposa, en absence de toute médecine possible, il fallait rapidement avant que le venin ne fasse son effet, sectionner l’annulaire, ce qu’elle fit elle-même, à vif,  avec une hachette de menuisier sur un billot de bois.

Le maçon de la municipalité, IUCULANO Jean était son oncle.

Elle est morte à 101 ans et a  vécu à Sfax jusqu’à 100 ans, honorée pour son centenaire par cette municipalité que ses oncles avait bâtie.  Elle est ensuite rentrée en France pour rejoindre sa famille, mais sa municipalité lui manqua tellement qu’elle a préféré rejoindre tout doucement, une nuit , ses oncles et neveux, ces fameux maçons aux mains d’or, bâtisseurs de ces  merveilles d’architecture arabe.

  

 SEPULTURE DE Jean IUCULANO, maçon, Sfax

   

L’ARCHITECTE RAPHAEL GUY :      

                 Comment  évoquer notre municipalité  sans évoquer son « inventeur », l’architecte néo-mauresque GUY. J’ai découvert ses travaux à travers la Tunisie dans un ouvrage plein de plans de photos de ses ouvrages.

 

Quelques dates nous concernant  afin de situer la chronologie des bâtiments sur lesquels ce monsieur à travailler  à Sfax :

  • 1897 Contrôle civil
  • 1898 Gare
  • 1902 Municipalité
  • 1903 Théâtre municipal
  • 1905 Palais Ben Ramdane
  • Etc….

 

Il est né à RENNES en 1869 et décédé assez jeune (49 ans) en 1918. Il avait une formation des beaux-arts à Paris de 1894 à 1898. Il s’est très vite passionné par le style mauresque et travaillé sur l’architecture Andalou-Mauresque en Espagne (Cordoue, Grenade, Séville) .

Voici un exemple de son œuvre à Sfax, en dehors de la municipalité : il s’agit du théâtre, hélas détruit durant la seconde guerre.

           On ne peut que regretter de n’avoir pas connu ce chef d’œuvre de style Arabe.

Ci-joint l’adresse du site pour consulter l’œuvre de GUY http://halimede.huma-num.fr/sites/default/files/409_20140811_112527.pdf

Pour terminer cette « petite histoire » dont le point de départ fut Mr Pace contremaitre auprès de Mr Guy Architecte de génie, je souhaiterai simplement que la mémoire de ces  bâtisseurs de merveilles soit respectée et honorée par TOUS .

Quel est celui d’entre nous qui aujourd’hui encore n’essuie  pas une larme en regardant les images de notre ville, tellement elle est belle  … Ces gens simples, dont le travail nous fait encore  rêver après 120 ans, reposent route de Gabès, que leur sommeil soit paisible, nous leur devons reconnaissance, respect et admiration  …

 

 

Je voudrai dédier cette petite anecdote sfaxienne , à un défenseur de ces merveilles, en la personne du docteur Alloulou. Il  est aujourd’hui notre plus « acharné » soutien  de ces merveilles d’architecture auprès des autorités.

Qu’il veuille trouver en ma modeste personne un admirateur de son travail et un ami.

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