La danse du diable

Je ne sais plus pourquoi, j’ai repris mon  petit Larousse  et j’ai retrouvé au milieu des pages, une photo jaunie de ma petite sœur ; j’ai tout de suite pensé à vous.

-  la photo de votre sœur, lorsqu’elle était petite, me fait penser à un personnage étrange et mystérieux qui effrayait les enfants surtout les petites filles. On l’appelait le Boussadia, savez-vous d’où venait-il et connaissez-vous la légende qui le suivait ?

Au bain maure

Chaque fois qu’elle va au Hammam, le bain maure, maman m’emmène avec elle, ainsi que mon frangin Herzl. Elle est toujours accompagnée par ses voisines Latifa et Fatouma. Le fils de cette dernière, Raouf est dans le bain aussi.

Comme nous avons une petite taille, on ne nous accorde pas d’importance, et pourtant nous sommes âgés de sept ans Raouf et moi. Il se peut que nos mères aussi nous prennent pour des gosses, va savoir. Les mamans nous lavent, nous passent un shampoing  et tout cela sans payer l'entrée, les marmots bénéficient de ce privilège  d’un accès gratuit, offert gracieusement par la direction du hammam.

La laveuse

Je me souviens, la laveuse s’appelait Fathma.
En fait , je ne suis pas sûr du tout que son nom était Fathma !
- On l’appelait Fathma.
Il faut dire qu’à cette époque, toutes les femmes de service s’appelaient Fathma.  C’était plus simple, plus facile.  L’on disait «La Fathma »
- Et toi, ta Fathma, tu en es contente ? Conversaient entre elles, ces dames venues de France.
- Moi ça va pour la cuisine, mais alors le ménage je te dis pas, en plus elle ne comprend pas un mot de français !... C’est quelque chose ! Elle ne veut pas faire l’effort d’apprendre le français !...  Mais elle est honnête, c’est déjà ça.
- Que veux-tu ma pauvre, on n’a pas le choix !
Chez moi, la fathma c’était la laveuse, elle venait une fois par mois pour faire la lessive.
C’était une bédouine d’un certain âge. Elle arrivait le matin vers sept heures et s’asseyait derrière la porte, attendant que ma mère lui ouvre. Ma mère la faisait entrer dans le couloir, lui donnait un bol de café au lait et un morceau de pain qu’elle mangeait assise par terre. Puis ensemble elles montaient sur la terrasse avec le grand panier en osier rempli de linge sale. Je les suivais. C’était pour moi l’occasion d’aller sur la terrasse, ordinairement je n’avais pas le droit d’y monter.